Cette semaine, Alexander Keyes Rash, fondateur du restaurant et cabaret Serpent à Plume, nous parle de ses soirées contrastées et de ses adresses de cœur, du phở de Belleville aux ventes de l’Hôtel Drouot.
Bonjour à tous !
Vous connaissez sûrement déjà le Serpent à Plume, ce lieu entre cabaret, espace de concert et de performances, avec un restaurant et un cocktail bar.
Pour tous les visuels : © Serpent à Plume / Alexander Keyes Rash
Son fondateur, Alexander, est joueur, fin, avec un accent plein de charme. Passionné de rock’n’roll et de scènes créatives alternatives, il m’a fascinée dès notre première rencontre, il y a huit ans. C’est une personnalité qui contribue à la vivacité de cette ville et que je souhaitais vous présenter.
INTRODUCTION
Alex, comment te décrirais-tu ?
J’aime bien dire que je suis un « ringleader ». Ça veut dire meneur de cirque… ou meneur de secte. Cette dualité m’amuse.
Quels sont trois projets dont tu es particulièrement fier ?
Le premier, c’est la programmation du lieu : jazz un soir, punk un autre, soirées sex positive, musique classique… Et puis notre propre orchestre, le Serpentine Orchestra, joue aussi tous les mercredis.
Dix musiciens en smoking font danser toutes les générations. C’est élégant.
Je m’inspire d’ailleurs beaucoup de la Factory d’Andy Warhol à New York, cet endroit mythique où se croisaient haute société et scènes plus marginales.
Le deuxième projet dont je suis fier, ce sont nos films tournés en pellicule. On y capture l’esprit du lieu à travers des scénettes avec des habitués, des artistes, des clins d’œil. C’est une extension naturelle du lieu.
Et enfin, je cours un à deux marathons par an. Cela m’aide à maintenir une bonne hygiène de vie.
Je ne prends jamais de grande décision avant d’avoir couru.
ADRESSES
D’abord à Belleville, chez Loan. Avant, ça s’appelait Asian Soup. J’ai des origines en partie vietnamiennes, et j’y vais notamment pour leurs soupes phở. Ça ne paie pas de mine, c’est excellent et il y a toujours de la place.
© Loan
Ensuite, Brasserie Lipp. Pour le style, l’élégance, le côté intemporel. Des huîtres, une bouteille de champagne, un déjeuner un peu « boozy ». Parfait.
Et puis il y a le Café du Canal, que j’ai aussi fondé. C’est devenu le lieu « post » Serpent à Plume : les gens se rencontrent au Serpent, tombent amoureux, puis finissent ici avec des enfants au déjeuner. Le soir, s’installe une décadence légère et sage, avec une arrière-salle boisée.
Des couples se sont vraiment rencontrés au Serpent ?
Oui, au moins trente que je connaisse. Certains se sont mariés. D’autres ont divorcé… et reviennent.
Aurais-tu trois adresses art de vivre à nous recommander ?
Le Champo, ce vieux cinéma Rive Gauche, pour voir des films cultes. Blue Velvet, par exemple. Très bon test pour un premier date.
© Madame Bouttiti
Il y a aussi la boutique de mon tailleur, Francesco Mocchia di Coggiola, dans le Marais. Francesco réalise les uniformes du Serpent ainsi que mes costumes. Ma femme s’y fait également faire des pièces, nous y allons souvent ensemble. Son frère, Massimiliano, est illustrateur. Ses dessins sont affichés sur les murs.
© mocchiadicoggiola
Et puis j’adore les ventes de l’Hôtel Drouot. J’y passe une à deux fois par semaine. Meubles Louis XV, tableaux, objets improbables, briquets… tout. C’est une chasse au trésor.
Je n’aurais jamais pensé aller à Drouot…
C’est moins intimidant qu’on croit. Tu observes, les mains se lèvent, le cœur bat. Et tu peux faire de très bonnes affaires à des prix parfois très abordables.
Peux-tu nous recommander trois espaces culturels à Paris, qui, comme le tien, dénotent ?
Oui, il y a La Coupole, à Montparnasse, et ses soirées organisées par la Baronne de Paname, qui réunissent danseurs et performeurs. Le Serpent Orchestra y joue d’ailleurs souvent.
© La Baronne de Paname
J’adore aussi le Pigalle Country Club. Un bar cabossé pour des gens cabossés. Sombre et transgressif.
© Chris Caper
À l’opposé de ce spectre, il y a l’Hôtel Costes. Un théâtre en soi. J’y ai des souvenirs, dans les couloirs comme dans les chambres. Le lieu est chargé de mémoires invisibles, ce qui le rend singulier.
ÉVÉNEMENTS
Aurais-tu des sorties à nous conseiller ?
Le 26 février, nous allons projeter notre dernier film, « Saison VII – The Music-Hole », au Champo justement. Le film mêle univers théâtral et comédie musicale dégénérée. Il y aura deux séances, une à 19h30 et l’autre à 20h30. Lien ici !
Et puis j’ai une affection particulière pour nos soirées Studio Olympia. Elles incarnent une forme de décadence rock’n’roll devenue rare aujourd’hui. Une liberté brute. Elles ont lieu le plus souvent le jeudi ou le dimanche au Serpent.
Même si on ne fait pas partie de la communauté rock’n’roll, est-ce qu’on est bienvenu ?
Bien sûr. Il faut simplement avoir envie de découvrir et garder une certaine ouverture d’esprit.
C’est ok de ne pas être totalement dans son élément. Au contraire, c’est stimulant.
À SUIVRE
Enfin, quelles personnalités créatives nous conseillerais-tu de suivre ?
Notre illustratrice, Téa Plume, qui crée chaque semaine une caricature inspirée de nos soirées. Lorsque j’ai ouvert le lieu, Téa était responsable du vestiaire. Elle écrivait des lettres d’amour et des phrases étranges au dos de cartes de visite qu’elle glissait dans les poches des manteaux. Je respecte énormément son travail.
© Téa Plume
Je pourrais aussi citer l’artiste Jack Tezam. Son travail repose sur une radicalité rare. Il a récemment vécu une expérience de claustration volontaire : un mois sous terre, sans repères temporels, durant lequel il a dessiné une case par jour pendant trente cycles. Son style est délicat, presque à observer à travers une loupe.
Paris est une ville à tiroirs secrets ! Merci Alex.
Allez hop, tous dehors ;) Bonnes sorties,
Philippine